Consulter un psy : 8 raisons qui font hésiter...


C’est devenu un acte presque banal. Pourtant, les résistances et les réticences persistent. Décryptage des freins les plus fréquents avec Francis Bismuth (psychanalyste).

(ref: http://www.psychologies.com/Therapies/Vivre-sa-therapie/Commencer/Articles-et-Dossiers/Consulter-un-psy-8-raisons-qui-font-hesiter/13)

« J’ai hésité près de deux ans avant d’entre prendre une psychothérapie, confie Danièle, 63 ans. J’avais l’intuition que parler à quelqu’un m’aiderait. Et, en même temps, une autre partie de moi ne pouvait s’empêcher de penser que le cabinet du psy était destiné aux grands malades, aux gens trop faibles pour s’en sortir. C’était il y a vingt ans, mais je constate que, aujourd’hui encore, quand je conseille à certains proches de consulter, c’est comme si je leur disais qu’ils ont la malaria. »

Il n’y a jamais eu autant de patients, les professionnels sont unanimes. D’ailleurs, pour bénéficier d’une psychothérapie remboursée dans un centre médico-psychologique [en France], il faut parfois attendre des mois tant les listes d’attente sont longues. Les sondages successifs réalisés par Psychologies ces quinze dernières années ont bel et bien prouvé l’efficacité des thérapies. Près de 87 % de ceux qui consultent ou ont consulté s’estiment satisfaits du résultat. Pourtant, hésitations, réticences et résistances n’ont pas disparu. Un appel à témoins sur Psychologies.com nous a offert un large aperçu des peurs et des croyances qui nous freinent.


1. Je connais la cause de ma souffrance

« J’ai perdu mes parents très jeune, et mon entourage m’a souvent encouragée à aller parler à un psychologue. J’ai toujours refusé, prétextant que je n’avais pas besoin d’aide, témoigne Virginie, 30 ans. Pourtant, je traverse encore des moments de profonde tristesse. Et, très fréquemment, la question de consulter refait surface. »

« “Je connais mes difficultés, je peux peut-être m’en sortir seul.” Ce type d’argument sert à se rassurer, explique le psychologue et psychanalyste Francis Bismuth. Il faudrait surtout se demander pourquoi la solution n’est pas encore apparue. S’observer soi-même, se comprendre, est extrêmement difficile. C’est comme si nous nous contemplions dans un miroir déformant. L’autoanalyse est un mythe. L’idéologie du moi fort, née dans les années 1980 – l’ère des battants –, nous renvoie à des impératifs de contrôle de soi : sois fort, serre les dents et prends sur toi, sois méritant. C’est sans compter que le psychisme, extrêmement complexe, est loin de se limiter au moi conscient. »

L’illusion de pouvoir s’en sortir seul sert également à se protéger d’une autre peur : celle de se retrouver, à l’occasion de la thérapie, face à une part cachée, monstrueuse de soi-même. « Il me semble important de démystifier ce qui se déroule dans le cabinet, réagit Francis Bismuth. Ce n’est pas forcément le lieu de révélations fracassantes sur nous-mêmes. » Il existe fort peu de risque d’y entrer sous la forme d’un bon Dr Jekyll et d’en sortir métamorphosé en hideux Mr Hyde.


2. Je ne vais pas si mal

« Je crois que mes problèmes ne sont pas assez graves pour intéresser un psy, j’ai peur qu’il ne m’écoute pas », expose Eleonor, 47 ans.

Ce type d’argument est le résultat d’un jugement négatif, d’un regard dépréciateur posé sur soi. « Nos problèmes d’estime de soi nous interdisent parfois d’accepter l’idée que nous méritons d’être écoutés et aidés, pose Francis Bismuth. Trop envahissante, la culpabilité constitue également un frein : “Comment puis-je me plaindre quand d’autres souffrent dans leur chair, meurent de faim, périssent sous les bombes ? J’ai tout pour être heureux, je devrais l’être.” Or, le bien-être ne se décide pas. »

 Nul besoin d’être au fond du gouffre pour s’autoriser à consulter. Il est même plus judicieux de prendre rendez-vous avant d’en arriver là. Certaines personnes viennent une fois, juste pour faire le point ou constater qu’elles n’ont pas besoin de thérapie. Il faut en finir avec l’idée que celle-ci est réservée aux gens qui vont très mal.

3. J’ai peur de remuer le passé 

« Cela fait une dizaine d’années que j’ai envie d’aller voir un psy, mais je n’y arrive pas, avoue Sarah, 33 ans. Je crains d’exhumer les souffrances du passé. Même si je sais que c’est justement une étape à franchir pour m’en libérer, j’ai l’impression que ce serait trop douloureux. »

« “Je n’ai pas envie de ressasser mes problèmes, de me les remémorer.” Cet argument revient souvent, constate Francis Bismuth. Or, nous risquons bien davantage de les ressasser à vie en nous abstenant de consulter. Car notre passé, lui, ne nous oublie pas. Ressasser, ruminer, c’est exactement ce que nous faisons quand nous restons seuls face à nos difficultés. À l’inverse, en thérapie, on ne tourne pas en rond. Car la présence de ce tiers qu’est le psy incite à changer de disque, à voir les choses autrement, à inventer. » Le retour du passé dans le présent de la séance peut apporter de la souffrance. Le nier serait mentir. Une thérapie n’est jamais exempte de phases douloureuses. Mais nous sommes accompagnés pour affronter ces moments de notre histoire qui, progressivement, cesseront de nous emprisonner.


4. Je n’ai aucune envie de parler de sexe

« Je suis souvent tentée de consulter, mais je n’ai pas envie de parler de mes fantasmes sexuels à un étranger », écrit Sonia, 52 ans.

« On ne parle pas forcément de ses fantasmes sexuels, assure Francis Bismuth. On raconte ce que l’on a mangé la veille au soir. Et ce poisson que nous avons cuisiné va nous ramener à la cuisine de notre mère, aux préparations culinaires familiales, aux traditions… » En thérapie, la sexualité ne se limite pas à la génitalité, aux organes sexuels. Le sexe est partout : il est dans la pulsion orale, qui préside aux plaisirs de bouche et fait apprécier ou refuser la nourriture – comme c’est le cas dans les troubles alimentaires. Il loge dans la pulsion scopique, qui commande le plaisir de voir ou d’être vu, et qui régit aussi l’intérêt pour la photo, le cinéma, etc. Il n’est même pas besoin de parler de pénétration, de fellation ou de sodomie pour qu’il soit présent. Mais, effectivement, les patients en viennent fréquemment à évoquer leurs pratiques, leurs goûts en la matière, ainsi que des scènes imaginées – à plusieurs, avec leur cousine, des animaux… Certains emploient des périphrases pour éviter de parler de « pénis », de « vagin », n’osent pas dire qu’ils se masturbent. Mais, selon le psychologue et psychanalyste, ces craintes s’évaporent quand la confiance s’installe avec le praticien et qu’ils saisissent qu’ils ne vont pas être jugés. Un psy n’est pas un juge, et le cabinet est un espace protégé, neutre, où il est possible de tout dire.

Toutefois, la crainte de Sonia et de ceux qui se trouvent dans sa situation n’a rien d’irrationnel. « Dans le quotidien, l’autre est un juge en puissance, rappelle Francis Bismuth. De plus, les règles de bienséance qui régissent la vie en société excluent que l’on s’étende sur ses pratiques sexuelles et ses fantasmes. Même quand nous croyons nous être éloignés de la morale judéo-chrétienne, elle se rappelle ponctuellement à nous. Or nous ne devrions jamais oublier que l’individu humain est aussi un animal, un mammifère pensant qui porte en lui une part instinctuelle, pulsionnelle. Apprendre à faire avec cette part pulsionnelle est justement l’objectif d’une thérapie. »


5. C’est trop cher pour moi

« J’aimerais bien faire une thérapie, mais je ne peux pas me permettre de payer cinquante ou même trente euros la séance, à moins d’emprunter de l’argent », se plaint Claude, 28 ans.

Le coût des thérapies est un des éléments qui font hésiter à franchir le cap. « Et aller mal, n’est-ce pas coûteux aussi ? » rétorque Francis Bismuth. Nous payons nos symptômes, nos blocages, nos comportements répétitifs névrotiques, nos angoisses au prix fort : par des échecs professionnels, amoureux, par une existence sans plaisir. « Sans oublier les dépenses inutiles par lesquels nous tentons de combler nos manques. Miser sur l’avoir, faute de se sentir être, n’est jamais un bon calcul. Rien de plus coûteux que passer à côté de sa vie. »

Quelles possibilités s’offrent à ceux qui ne peuvent payer des séances ? « Il existe en France des centres médico-psychologiques dont la liste est disponible en mairie, et où les consultations sont gratuites ou remboursées, affirme Francis Bismuth. Et si l’on tient à consulter dans le privé, un psychiatre formé à la psychothérapie peut donner des feuilles de soins pour être remboursé. » Il faut abandonner l’idée qu’une thérapie doit forcément nous ruiner. Et, en dépit d’une croyance largement répandue, inutile de régler en argent liquide pour obtenir des résultats. « Espèces, chèques, virements, cela fonctionne aussi bien, confirme le psychologue et psychanalyste. Et ça marche même si la personne paye peu cher. Françoise Dolto demandait à ses jeunes patients des paiements symboliques – une petite pièce, un ticket de métro, un objet. »

[Lire: Différents lieux de consultation; Quels remboursement?]

 


6. Je ne suis pas sûr que ça marche

« Je crains qu’aucun psy ne puisse m’aider, déplore Philippa, 45 ans, je crois que mes symptômes sont trop anciens et trop enkystés. »

« J’aime comparer le psy à une sagefemme, raconte Francis Bismuth, il est l’accoucheur de nous-mêmes, nous aide à faire quelque chose pour nous. À condition d’en avoir le désir. Or, il arrive que, sans que nous en soyons conscients, une part de nous préfère se réfugier dans l’insatisfaction, conserver un symptôme connu plutôt qu’affronter l’inconnu. »

Parfois, le doute quant à la capacité du thérapeute d’alléger notre existence constitue inconsciemment une sorte de défi narcissique lancé à la psychothérapie : « Je suis un être si spécial, mes problèmes sont tellement particuliers. Toi, le psy, seras-tu capable de me faire bouger ? » Le doute est très souvent aussi un signe de dépression à prendre au sérieux – « Mon état est si désespérant/je suis si désespéré que personne n’est en mesure de me tirer de là. » Cela doit justement nous inciter à prendre rendez-vous très vite.

[Lire: différents articles sur le blog de Nariku - rubrique "différents types d'accompagnement"]


7. Je ne sais pas comment trouver le bon psy

« J’ai peur de ne pas tomber sur le bon thérapeute, s’inquiète Raya, 38 ans. Je ne sais pas à qui faire confiance, je ne saurais pas qui aller voir. »

« La confiance se construit, réplique Francis Bismuth. Trouve-t-on immédiatement le compagnon idéal ? Internet est une piste intéressante pour choisir son thérapeute, savoir qui il est, ce qu’il a écrit, à quelle école il appartient, ses diplômes. J’ai moi-même un site référencé. Et il ne faut pas hésiter à demander conseil à des amis, à son généraliste. Ensuite, il faut se fier à son feeling lors des premiers entretiens, poser des questions au psy. En voir éventuellement un deuxième, un troisième. La séance appartient au patient, c’est un temps qui lui est réservé. » Et si, décidément, il ne trouve aucun interlocuteur qui lui convienne, il peut commencer à s’interroger sérieusement sur son désir de s’engager dans un travail intérieur. Après tout, rien n’oblige à entreprendre une psychothérapie.

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8. Je ne veux pas que les autres sachent que j’y vais

« J’habite une petite ville et j’ai peur de rencontrer mes voisins dans la salle d’attente », témoigne Maud, 57 ans.

« Une telle crainte prouve justement que consulter est devenu un acte si banal que le voisin de palier est susceptible de fréquenter le même cabinet. J’ai mes problèmes, mon semblable a les siens », note Francis Bismuth. Il est possible de s’épargner cette épreuve et de préserver son intimité en se rendant dans la grande ville la plus proche ou en cherchant un thérapeute en ligne – ils sont de plus en plus nombreux à proposer des séances à distance.

Internet offre un large choix d’adresses. Le parcours professionnel du psy est indiqué, ainsi que ses diplômes et sa conception de la thérapie : des informations de nature à éviter les charlatans. Toutefois, pour un vrai travail psychanalytique – si l’on a décidé finalement d’en entreprendre un –, rien ne remplace la présence des corps et la rencontre des regards.

 1. Sondage CSA pour Psychologies, 2006.

A lire: Cinquante Puissantes Raisons de ne pas aller chez le psy de David Gourion et Muzo.