Comment savoir si mon "psy" dérape?


Quand une thérapie devient-elle dangereuse ? À quel moment un thérapeute dépasse-t-il les limites ? Quels sont les signes d’un dérapage ? Difficile de donner des réponses générales et définitives. Tout au plus pouvons-nous recenser des indices d’alerte. Et quelques repères pour nous y retrouver.

La législation

En Belgique, la loi de juillet  2016 (application à partir de septembre 2016) reconnaît officiellement trois professions de santé mentale : les médecins,  les psychologues cliniciens et les orthopédagogues cliniciens (professions LEPSS). A partir de septembre 2016, seules ces trois professions peuvent exercer la psychothérapie. En effet, dans la Loi, la psychothérapie est définie comme une forme de traitement des soins de santé mentale et non comme une profession des soins de santé spécifique nécessitant un agrément. La psychothérapie ne peut être exercée que par des personnes qui ont déjà un titre professionnel (les trois ci-dessus) et qui peuvent justifier une formation en psychothérapie. Une série de mesures transitoires ont été mises en place pour les professions non-LEPSS (assistants sociaux, éducateurs, etc.). Les professionnels pouvant exercer la psychothérapie doivent respecter un certains nombres de conditions. (pour en savoir plus).

Les signaux d’alerte (extrait de Magazine Psychologie : psychologies.com : « Reconnaître un “dérapeute” »)

Ce n’est pas parce qu’un thérapeute n’appartient pas à une structure reconnue par la loi qu’il n’est pas bon ; il peut aussi être dûment diplômé et néanmoins toxique.

Interrogez-vous si votre thérapeute :
– travaille seul, en ne se réclamant d’aucune école ni formation ;
– vous raconte sa vie. Beaucoup, souvent, longtemps ;
– instaure avec vous une proximité qui vous semble déplacée ; vous impose le tutoiement, la nudité, une « convivialité » en dehors des séances ;
– touche votre corps sans votre accord explicite, alors que la thérapie n’est pas corporelle ; ne respecte pas votre « non » ; vous parle de « cul » plutôt que de sexualité ; vous met mal à l’aise quand il vous touche ;
– assène ses vérités au lieu de vous laisser accéder à la vôtre ;
– juge et condamne, vous-même et/ou votre entourage, parfois au point de vous en séparer ; vous démontre que tout votre environnement vous est hostile ;
– n’est pas thérapeute familial, mais reçoit quand même, régulièrement, d’autres membres de votre famille ;
– prend de plus en plus de place dans votre vie ; parle au lieu de vous écouter ; se tait, de manière insupportable, alors que vous avez dit avoir besoin de l’entendre ;
– vous encourage à le solliciter à n’importe quelle heure du jour et de la nuit ; vous rend dépendant au lieu de vous accompagner vers votre autonomie ;
– échange avec vous dans un langage si particulier que seul lui et ses patients peuvent le comprendre ;
– vous impose des tarifs hors de vos moyens, un emploi du temps calqué sur le sien, l’achat de stages, de livres, de produits spécifiques dont il impose aussi la provenance ;
– refuse que vous le contredisiez ; vous demande de lui obéir parce qu’il sait mieux que vous ;
– commence à sérieusement inquiéter vos proches.


Les recours

En cas de doute, ayez le réflexe de vérifier que votre thérapeute a le droit d’utiliser les titres qu’il annonce (ordre des médecins, commission belge des psychologues), et de chercher si lui et l’école dont il se réclame ont eu, ou pas, des difficultés avec la justice. S’il appartient à une organisation professionnelle, vous pouvez prendre contact avec elle pour vous renseigner sur sa formation et vérifier qu’il est bien titulaire de ses diplômes. Vous pouvez aussi vous adresser à des associations de défense de patients (services de médiation dans les hôpitaux et les plateformes de concertation en santé mentale et le service de médiation fédéral) ou de porter plainte (ordre des médecins, commission belge de psychologues). Mais, surtout, n’oubliez pas que vous êtes absolument libre d’arrêter une thérapie, à tout moment. Ou de changer de thérapeute.

Allez plus loin…

“Ma fille est sous l’emprise d’une thérapeute” (Article Psychologies.com)
Brigitte a 58 ans. Pendant treize ans, elle a été manipulée par une thérapeute toxique, avant de réussir à se soustraire à son influence. Elle se demande désormais comment aider sa fille, Lily, à se libérer des griffes de cette femme, qu’elle lui a elle-même présentée.